Dynamique (simple) d’une fléche en phase de propulsion
vendredi 28 mars 2008
par _Jean-Eric_
popularité : 36%
Introduction
La vitesse d’une flèche est intéressante à connaître
à plusieurs chefs :
en vue de se poser la question de la balistique de
la flèche qui fera l’objet d’au moins un autre article
pour connaître le temps (grosso-modo) à quitter l’arc et qui conditionne le maintient
de la position parfaite de la rampe de lancement (c’est vous !)
enfin c’est un élément de comparaison des arcs comme on peut le voir dans
l’article article 45, donc connaître la façon dont on calcule cet élément de comparaison permet
un regard critique sur les valeurs annoncées.
"Rien ne se créer tout se transforme"
Même si nous n’allons pas faire de la Chimie ici, la formule célèbre [1] illustre un principe fondamental : la conservation de l’énergie.
Pour faire simple on peut résumer la phase d’armement et de décoche comme suit.
La force de traction sur la corde va agir (on dit "travailler") tout au long
de l’ouverture de l’arc. Durant cette phase la corde répercute cette traction sur les branches de l’arc qui stocke de l’énergie potentielle, enfin lors de la décoche cette énergie potentielle se transforme en énergie cinétique qui résulte du mouvement de la flèche (nb. il y a éventuellement pertes d’énergie dans les mouvements de frictions des
piéces mobiles).
"Le travail c’est la santé... »
Bilan des forces sur un Long Bow
Examinons le schéma ci-dessous de l’ouverture de l’arc à pleine allonge en mode statique :
Bilan des forces sur un arc Long Bow
Il présente le bilan des forces en quatre points particulier : le point par lequel la corde est maintenue, les deux points symétriques d’accrochage de la corde aux branches de l’arc, enfin la poignée [2].
En chacun de ces points, le bilan des forces est nul, c’est-à-dire que la somme vectorielle des forces est nulle comme illustré sur le schéma ci-dessous :
Somme vectorielle
La force $F_c$ est égale en intensité et opposée en direction à la résultante des tensions $T_c$ sur les deux segments de la corde de part et d’autre du point de traction.
La tension de chaque segment de corde $T_c$ au niveau des branches et égale en intensité mais opposée en direction à la tension au niveau du point de traction car le bilan des forces exercées sur chaque segment doit être nulle sinon il y en résulterait un mouvement. En répétant le même schéma de raisonnement on trouve que la branche en réaction à cette traction engendre une force $R_c$ égale en intensité et opposée à la tension de la corde au point d’accrochage de la corde.
Enfin, l’arc étant maintenu au niveau de la poignée, il y a en ce point d’une part une réaction de la part de l’arc en réponse à la flexion des branches en imprimant une force égale est opposée à la somme des réactions des branches : $R_b = -(R_c^{haut}+R_c^{bas})$. Cette réaction $R_b$ est exactement contrebalancée par la force du bras d’arc $F_b$ toujours parce que la poignée est au repos.
Ainsi on peut comprendre avec ce raisonnement qu’à chaque instant durant la phase d’armement non seulement il faut une force dans le bras d’arc égale est opposée à celle dans le bras de corde (cf. travail symétrique des muscles du dos…) mais également, l’énergie stockée dans les branches par leur flexion résulte d’une énergie due au déplacement de la force de traction $F_c$ le long de l’axe pointillé, de la position de repos de la corde à la position de pleine allonge.
Calcul du travail en général
Envisageons de calculer d’énergie de travail ou plus simplement le travail $W$ de la force $F_c$ que l’on notera dorénavant $F$ pour alléger la notation par la suite.
Tout d’abord, la force $F$ de l’archer s’exerce sur
un trajet rectiligne (en pointillé sur la figure img254) entre le point où la corde est au repos (Band ou Brace Height) et le point où l’archer est à pleine allonge (Full Draw
Length). On note $L$ la longueur du trajet de traction.
D’une manière générale, on appelle travail élémentaire d’une force (noté $dW$) le produit de l’intensité de cette force par la longueur du segment $dl$ sur lequel la force s’exerce :
$$
dW = F \times dl \quad \quad\quad\quad (1)
$$
$F$ a pour unité le Newton (noté N, voir l’article Unités US et Internationales pour des correspondances), tandis que les longueurs sont en
mètre (m). Une force de 1 N est environ celle qu’exerce une masselotte de 100 grammes accrochée au bout d’un fil à plomb suspendu au bout des doigts [3]. Le travail est donc en unité N.m qui dans le Système International est le Joule (J). Ainsi, une force de 1 N s’exerçant sur 1 m donne un travail de 1 J.
Si la force n’est pas constante au cours du déplacement $L$ alors on procède par addition des petits travaux $dW_i$ sur des petits segments $dl_i$ où la force prend une valeur quasi-constante $F_i$, et donc le travail total est le résultat :
$$
W = \sum_{i} dW_i = \sum_i F_i dl_i \quad\quad
\mathrm{avec} \quad\quad \sum_{i} dl_i = L \quad \quad\quad\quad (2)
$$
Quand on fait tendre les petits segments vers une longueur nulle
(par exemple en découpant le segment L en n petits segments de longueur L/n et en prenant des valeurs de n de plus en plus grande) alors on remplace les sommes discrètes ci-dessus par ce qu’on appelle une intégrale.
$$
W = \int_0^L F(l) dl \quad \quad\quad\quad (3)
$$
Bigre que sa quo ! Il y a une représentation géométrique toute simple de cette expression mathématique qui de prime abord peut en faire pâlir plus d’un, voir même fuir ! Voilà de quoi il s’agit, en reprenant la formule (1), si on prend un rectangle de largeur $dl$ et de longueur $F$ alors $dW$ représente la surface de ce rectangle élémentaire. Prenons alors le graphe ci-dessous :
Représentation graphique d’une intégrale
La valeur de la force $F(l)$ pour un allongement $l$ compris entre O et $L$ est reportée sur un graphe avec $F(l)$ verticalement (ordonnée) et $l$ horizontalement (abscisse). L’ensemble des mesures compose une courbe (au sens large car ici il s’agit d’une droite) rouge . On découpe l’axe horizontal en n rectangles élémentaires de longueur $dl_i = L/n$ et la hauteur de chaque rectangle est égale à la valeur de $F(l)$ pour l’allongement $l$ considéré (par exemple le rectangle considéré est situé à une allonge de 20 cm environ). La somme des surfaces des petits rectangles $\sum_{i} F_idl_i$ est une approximation de la [bleu clair]surface hachurée[/bleu clair] sous la courbe rouge d’autant meilleure
que la largeur des petits rectangles tend vers 0 (leur nombre quant à
eux tend vers l’infini).
Ainsi, l’intégrale (3) n’est rien d’autre que la surface comprise
entre l’axe horizontal et la courbe rouge .
Pour obtenir la courbe rouge pour un arc donné (long bow, recurve ou poulies), on peut procéder simplement à l’aide d’une flèche graduée et d’un peson. Pour une série d’allongements, on reporte la valeur de la force dans un graphe comme celui Représentation graphique d’une intégrale. Voyons dans les sections suivantes les différents cas de figures.
Arc long bow
Dans le cas d’un arc Long Bow les branches réagissent à la flexion comme un ressort. Un ressort exerce une force résistant à sa déformation et proportionnelle à son allongement, comme le montre le schéma suivant :
Force d’un ressort
Cette force de réaction est notée $R_c$ dans la figure Bilan des forces sur un arc Long Bow, or le bilan des forces nous incite à penser que $R_c = T_c = F_c/2$ donc finalement la force de traction de l’archer est proportionnel à l’allongement ce qui se traduit par
$$
F_c(l) = k \times l
$$
[1] Auteur de la loi de la conservation de la matière qui porte son nom,
Antoine Laurent Lavoisier n’a pas vraiment inventé la fameuse sentence
qui la résume et que des générations d’écoliers ont apprise par cœur. Le père de la chimie moderne a simplement reformulé de manière plus
frappante et concise une idée déjà énoncée au Ve siècle avant J.-C. par
un philosophe atomiste ionien très en avance sur son temps, Anaxagore de Clazomènes : « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau ».
[2] On n’a pas représenté ici le poids de l’arc lequel est contrebalancé par les réactions au niveau de la prise de la poignée essentiellement
[3] Pour être précis la valeur de l’accélération gravitationnelle en jeu dans ce cas donne une valeur légèrement inférieure à 1N, plutôt 0.98 N.
[4] Pour les initiés, ils auront reconnus d’un seul coup d’œil la dérivée de la vitesse, ou de l’impulsion au niveau de la formule 7…